Marion Mounic | Mars 2021

Angiographie, installation, visuels de l’exposition Mezzanine Sud au Abattoirs, 2019

Glaçon de fluoréscéine, carrelage, lumière noire

Angiographie, nom d’un type d’examen médical du fond de l’œil durant lequel la fluorescéine injectée par intraveineuse se déploie dans les réseaux sanguins jusqu’à la rétine. Elle rend visible l’avancée des stigmates laissés par la maladie de Stargard. 

Cette poudre orange virant au jaune fluorescent au contact de l’eau, est ici mélangée à de l’eau, soumise à congélation, produisant un bloc de glace dont la fonte progressive crée, dans l’espace comme dans le temps, un paysage hallucinatoire à géométrie variable. Par ce processus de transformation alchimique de matière, cette surface aux couleurs mouvantes chimiquement sensibles à la lumière noire rejoue l’invasion d’une tâche venue amoindrir l’acuité d’une vision, et devient l’élément central de l’installation. Je procure une vision en même temps que j’en interroge la nature et nos facultés de perception. La lumière noire est utilisée comme agent révélateur au sein de l’installation qui elle même révèle les spécificités du lieu.

 

Marion Mounic, Mars 2021

Crédits photo, Stéphane Migot

Le travail de l'artiste Marion Mounic frappe par sa crudité apparente, sa simple mais absolue sensibilité. L'art de Marion Mounic est brut, paradoxalement fragile ; organique, il vient de son vécu et s'inscrit profondément dans son expérience du monde. 

La pièce Angiographie interroge la notion de regard et de visibilité en rendant hommage à la mère de l'artiste, atteinte de la maladie de Stargardt. A l'image de l'altération de la vision de sa mère, les interrogations de l'artiste Sétoise se projettent dans un espace sombre, éclairé seulement par la fluorescence de ce glaçon amené à fondre au fur et à mesure de l'exposition.  Au sol se dessinent les motifs énigmatiques d'une expérience médico-artistique. De ce laboratoire, on ressort ébloui, presque aveugle, dans l'attente que notre vision se réadapte à la lumière du jour. 

Autant que j'ai pu le constater au contact de ses oeuvres, le travail de Marion Mounic interroge toujours la réalité de nos sens. Chaque proposition est une expérience inscrite dans un moment de rencontre que l'artiste offre à son spectateur comme un cadeau. A chacun.e. de créer sa relation avec la pièce qui se donne à vivre, tout comme Marion Mounic extirpe de son vécu les bribes d'un récit personnel et intime. Ces narrations, elle les déploie dans l'atelier comme un savant chimiste pour trouver, après de longues expérimentations, le meilleur moyen pour les mettre en oeuvre. C'est dans ce lieu symbolique, où je l'ai souvent vue travailler, qu'elle ressuscite consciencieusement ces lambeaux de mémoire. L'oeuvre devient, sous les mains expertes de Marion Mounic, l'espace médiumnique où se rencontrent les souvenirs et les spectateurs.

Luci Garcia